Existe-t-il un lieu où sonne et résonne le fracas des différentes vies ? Et si écrire une ville, un quartier, une ruelle était le moyen de donner au chœur désordonné des vivants l’éclat de leur démesure ?
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Quatre questions à Jérémy Beschon
QUESTION 1 : Jérémy, tu es bien connu pour le travail de mise en scène réalisé depuis une vingtaine d’année au sein du collectif Manifeste Rien. Celui-ci se base souvent sur des textes ou des recherches sociologiques que tu cherches par l’écriture et avec le truchement des acteurs à faire passer au public. À côté de la mise en scène, tu poursuis depuis toujours une activité plus solitaire d’écriture de poèmes et de proses… L’Éclat des fracas, paru en août 2025 aux éditions Quiero, est présenté comme un premier roman. Peux-tu nous en dire plus sur le genre, la langue et le sujet de ce livre ?
Jérémy Beschon : L’Éclat des fracas est un roman composé de fragments de vies, d’éclat de vies, de vies qui éclatent. Comme le photographe ou le peintre peut figer le fracas d’une vague qui percute la roche ou d’un verre qui éclate au sol, j’ai voulu capturer l’instant où les individus se brisent et se révèlent... la suite de l'entretien ici
« La littérature comme investigation »
Article de Philippe Geneste, paru dans Lisez jeunesse
Composé de fragments, qui s’appuient sur des proses poétiques tiraillées par la violence des parataxes, des bribes de langue orale, du choc des mots aux registres hétérogènes, le livre fait pénétrer le lecteur ou la lectrice au cœur de la vie intime, tant corporelle que psychique, somatique qu’onirique, de personnages qui passent et se passent le relai
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La littérature offre la possibilité refusée aux sciences humaines de chercher une vérité chez les personnes mêmes, depuis leur for intérieur et en lutte permanente contre les insatisfactions qui les assaillent.
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Cet univers met en relief les conséquences humaines de la société industrielle contemporaine ; il en explore les arcanes bureaucratiques et administratives comme piliers d’un quadrillage social. Cette exploration littéraire des situations de discrimination et de relégation sociales, de marginalisation et de marginalité fait advenir, par la littérature, l’enjeu de la ville, l’enjeu du quartier, l’enjeu de la ruelle (Quelques ruelles plus loin fut, un temps, le titre du livre). L’écriture instille ce processus.
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« L'absurdité, la révolte et la ville au centre »
Chroniques rebelles sur Radio Libertaire
Christiane Passevant : Ton livre, je l’ai lu comme un script de film… Il décrit une réalité sociale violente à travers la description d’une myriade de protagonistes en crise dont la ville de Marseille.
Jérémy Beschon : C’est vrai que la ville est très présente – même si j’ai voulu gommer le nom qui n’apparait qu’une fois… Les personnages sont tous reliés entre eux par cette ville et elle est un élément du livre au même titre que le soleil, le vent, les mouettes, la mer, le bruit, les merdes de chiens, l’odeur des égouts…
Podcast ici, émission du 27 décembre 2025
« Un texte écorché et sauvagement radical »
extrait d’un article de Alain Paire paru dans La Marseillaise
[…] La seconde performance de ce spectacle [1], le deuxième coup de chapeau qu’on adressera, reviennent à l’auteur et metteur en scène Jérémy Beschon. Précis dans son déroulement tout en étant capable d’anachronismes, à la fois rageur, tragique et plein d’humour et d’autodérision, son texte condense plusieurs âges de la vie d’un insurgé-autodidacte qui cessa d’être naïf.
Jérémy Beschon est ardent lecteur de Bakounine, de Rimbaud, de Pessoa, de Bourdieu ou d’Annie Ernaux. En 2025, il a publié chez l’éditeur Quiero basé à Forcalquier un montage de récits titré L’Éclat des Fracas. En ricochet, ce texte écorché et sauvagement radical, écrit voici 15 ans, finement adapté et maquetté par Samuel Autexier, laisse entendre en dépit des différences d’époque comment le transfuge marseillais Alexandre Marius Jacob s’extirpa de son statut de prolétaire pour devenir l’inventif organisateur du gang des Travailleurs de la Nuit : il voulait « venger la race » des êtres que les injonctions et les hiérarchies de la société capitaliste n’ont pas cessé de briser.